La presbyacousie peut se définir comme la baisse d’audition liée à l’âge. Dans son principe elle frappe tout le monde sans exception. Dans la réalité la date de début est très variable. En général, elle débute entre 50 et 60 ans mais elle reste longtemps silencieuse car pour que la perte auditive entraîne des conséquences dans la vie de tous les jours, il faut qu’elle atteigne un certain niveau (35 dB de perte sur les fréquences 1 000, 2 000 et 4 000). Beaucoup de maladies qui peuvent handicaper la personne âgée n’ont pas de solution à proposer. Heureusement, ce n’est pas le cas pour la presbyacousie et une compensation est toujours possible sous quelques conditions cependant.
Tout le monde s'accorde sur le fait qu’en les appareillant des deux côtés, très tôt et en les aidant à s'adapter à l'appareillage grâce à quelques séances d’orthophonie, on peut permettre aux personnes âgées malentendantes de vivre jusqu’à 100 ans, sans souffrir de la surdité. Sans être gênées, oui, mais non sans un minimum de travail et d’adaptation à la nouvelle situation créée par la surdité. Il faut savoir également qu’il n'y a aucun autre traitement efficace, à ce jour.
Bien que nous ne connaissions pas précisément le nombre de malentendants en France, ce qui est regrettable, ce chiffre est estimé dans une fourchette allant de 4 à 12 000 000. Même à sa limite inférieure ce chiffre mérite que l’on prête attention à cette déficience et au handicap qu’elle entraîne.
Nous sommes l'un des pays qui délivre le moins de prothèses auditives par millier d'habitants. Sauf à imaginer que nous avons en France moins de presbyacousiques qu'ailleurs, il faut admettre que nous sommes mal placés dans ce domaine et que nous ne répondons pas souvent aux besoins de ces malentendants.
Les raisons en sont nombreuses et sans doute pas toutes de même importance. La première est que la surdité liée à l'âge est mal acceptée dans notre pays. Porter une prothèse auditive fait vieux et infirme ce qui n'est plus le cas pour les lunettes et dans une moindre mesure pour les prothèses dentaires.
Par ailleurs, la correction de l’audition est plus compliquée que celle de la vue.
Elle réclame une adaptation plus longue et ne donne pas toujours un résultat conforme aux souhaits du presbyacousique. Les résultats seraient bien meilleurs si l'appareillage était réalisé précocement, en stéréophonie et surtout bénéficiait d’un accompagnement poursuivi pendant plusieurs mois ou années selon les besoins.
La Presbyacousie n'est pas la surdité idéale pour une suppléance prothétique même si, grâce aux progrès techniques de la technologie numérique, les aides auditives offrent aujourd'hui une meilleure compensation des distorsions dans les fréquences aiguës.
Les prothèses auditives représentent une dépense importante (pourtant la France est l’un des pays d'Europe où les prothèses numériques sont les moins chères) mais, même en étant un peu mieux prises en charge par la Sécurité Sociale, elles restent encore très onéreuses pour beaucoup.
Le Français est mal informé sur ce qu'est l’audition et n'a pas facilement accès à l'information et à la culture qui la concernent.
A toutes ces raisons s'ajoutent des difficultés supplémentaires qui sont communes aux autres pays. Elles ne les empêchent pas d'avoir beaucoup mieux répondu aux besoins des presbyacousiques mais elles viennent chez nous aggraver encore la situation. Les approches plus appropriées et plus efficaces de nos voisins représentent nos défis et les progrès qui nous sont immédiatement imposés.
La prothèse auditive ne peut évidemment amplifier que des restes auditifs. Elle ne peut en aucun cas faire entendre avec des cellules qui ont disparu. Une surdité neurosensorielle ne se compense pas comme une surdité de transmission pour laquelle il suffit d'élever le niveau sonore en introduisant le moins possible de parasites ou de distorsions. Or, un message dont on ampute un certain nombre de caractéristiques essentielles ne peut retrouver son caractère déchiffrable qu'en en retrouvant d'autres encore perceptibles par le sujet presbyacousique. Les recherches dans ce domaine ont à peine démarré (sans entrer dans la problématique des implants cochléaires).
Pour un presbyacousique, l’utilisation d'une prothèse apparaît un peu comme l'apprentissage d'une nouvelle langue. Même pour un "normo-entendant" l'apprentissage d'un langage reste une tâche difficile et longue. C'est, bien sûr, encore plus difficile pour une personne âgée qui présente un handicap auditif au milieu d’autres problèmes qui s’accumulent tous les jours.
Pour qu'une prothèse auditive donne le meilleur résultat possible, il faudrait donc quatre conditions, hormis l’état psychique et la motivation du patient :
• qu'elle comble tout ou partie du déficit,
• que le patient s'y adapte rapidement et sans problème,
• que l'appareillage soit précoce, c’est à dire rapide après l’apparition du déficit,
• qu’il soit binaural (sauf perte totale de l’autre oreille)
• que la mise en place soit suivie d’une éducation orthophonique adéquate.
Or l'une et/ou plusieurs de ces conditions sont souvent mal et/ou pas remplies en cas de presbyacousie.
Partant entre autres de ces constatations, le GRAP
santé s’est donné pour mission de faire disparaître autant que possible les raisons qui empêchent ces millions de Français malentendants, de bénéficier des thérapies qui existent et qui, quand elles sont misent en œuvre correctement, donnent satisfaction pratiquement dans tous les cas.
La première et la plus évidente des démarches consiste à faire de la presbyacousie, comme de la maladie d’Alzheimer une cause nationale. Le simple objectif de nous placer au même rang que les autres nations marquerait déjà un immense progrès pour une part très importante de la population.
La seconde serait, pour les français, de démystifier la surdité liée au vieillissement.
Pour cela le GRAPsanté voudrait :
1. apporter dès le plus jeune âge une information sur l’audition dont on ignore tout jusqu’au baccalauréat compris,
2. offrir aux professionnels de l'audition une dynamique de changement pour proposer aux patients, en équipe pluridisciplinaire, le meilleur service possible,
3. obtenir un effet d’économie d’échelle en augmentant le nombre d'appareillages bilatéraux délivrés pour en diminuer le prix tout en aidant à son remboursement en montrant aux organismes d’assurances, l’intérêt que présente le traitement de ces handicapés.
Le GRAP
santé souhaite ardemment
que les personnes âgées entendent le mieux et le plus longtemps possible.